Eslem Ben Arous porte sur elle la passion qui l’anime. Cette doctorante en géochronologie a décroché le 12 mars 2019 le prix du jury de la finale Ma thèse en 180 secondes (MT180) organisée à Sorbonne Université. 

Eslem Ben Arous
Eslem Ben Arous © Sorbonne Université / Pierre Kitmacher

Un parcours « tout terrain »

Si Eslem a choisi de suivre des études scientifiques, elle nourrit depuis toujours un intérêt pour l’archéologie. Dès sa licence de géologie à Sorbonne Université, elle passe ses étés sur des chantiers de fouilles. La pioche à la main, elle ne rechigne pas devant ce travail physique. Au contraire, se souvient-elle : « j’ai tout de suite su que c’était ce que je voulais faire : mêler le terrain, les sciences dures et les sciences humaines ».

A la fin de sa licence, un maître de conférences du Muséum, Roland Nespoulet, l’accepte pour participer à un chantier de fouilles dans des grottes préhistoriques au sud de Rabat au Maroc. 

« C’est l’une des rares zones en Afrique du Nord à posséder une telle concentration de vestiges archéologiques aussi bien conservés et couvrant les 120 derniers millénaires », explique-t-elle.

Cette Indiana Jones au féminin troque alors sa truelle contre un pinceau pour ces fouilles qui nécessitent une grande minutie. Eslem se spécialise en master dans les méthodes de datation au sein du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Elle continue de travailler sur cette région qui devient son terrain de recherche pendant sa thèse au Laboratoire de géochronologie du Muséum.  

« Dans ma thèse, je m’intéresse à la chronologie des peuplements d’Homo sapiens d’Afrique du Nord, apparus il y a 300 000 ans. Mon travail consiste à dater des occupations humaines de 80 000 à 25 000 années.  C’est une période mal connue durant laquelle les archéologues ont observé des changements anthropologiques, culturels et climatiques à l’échelle de l’Afrique du Nord », indique-t-elle. 

Pour avancer dans ses recherches, la doctorante passe plusieurs jours dans les grottes de Rabat-Témara à la recherche d’indices pouvant être datés : des dents d’herbivores fossilisées, des charbons d’anciens foyers ou encore des sédiments vieux de plusieurs milliers d’années. 

Le reste du temps, elle travaille à Paris, à l’Institut de paléontologie humaine et au Musée de l’Homme. Là, à partir de plusieurs méthodes de datation, elle construit des modèles chronologiques. Grâce à ces données, elle espère contribuer à une meilleure compréhension des migrations des populations préhistoriques dans cette région d’Afrique du Nord. 

L’aventure MT180

Au début de sa thèse, Eslem entend parler du concours MT180. Curieuse par nature, elle veut s’essayer à l’exercice. Ce travail de transmission du savoir, elle l’a d’ailleurs abordé lorsqu’elle était médiatrice scientifique au Parc aux étoiles. Sensibiliser les enfants à l’esprit critique et à la démarche scientifique avait été pour elle une expérience très riche. 

C’est donc avec enthousiasme qu’elle se lance dans l’aventure et rejoint les rangs des candidats de cette sixième édition MT180 Sorbonne Université. Durant deux jours, elle bénéficie d’une formation intensive avec Alexandra de Kaenel, consultante spécialiste de médiation scientifique. « Alexandra nous a fait sortir nos tripes. Nous sommes ressortis de la formation épuisés, mais contents du travail réalisé », souligne-t-elle. En petits groupes, les doctorants apprennent à articuler, à tenir un micro, mais surtout à trouver le fil rouge de leur discours. Contrainte à simplifier son sujet de recherche, Eslem ressent au départ un peu de frustration. 

« Au début, on a peur de dénaturer son sujet, mais il faut accepter de ne pas tout dire pour ne pas perdre le public. Cet exercice m’aide au quotidien. Quand je rédige ma thèse, je me demande désormais ce qui est essentiel et quel est le fil conducteur de mon propos. », explique la doctorante.  

Passé l’écriture du discours, il faut encore gérer l’appréhension de la prise de parole en public et le stress du buzzer. Soutenue par les organisatrices de MT180, elle y travaille avec sa famille, ses amis et les autres candidats.  

Le prix du jury en poche, elle nous confie l’émotion et le plaisir que cette expérience lui a procurés : « partager sa passion, ses recherches et toucher le public nous redonne confiance en nous », explique-t-elle.

Dans les starting blocks pour la prochaine étape de la demi-finale nationale, Eslem se réjouit de participer à ce concours. 
 

« MT180 offre une véritable visibilité aux jeunes chercheurs, souligne-t-elle. C’est très valorisant. Il est important de montrer que la recherche est aussi menée par les jeunes, et parmi eux, beaucoup de femmes. Nous étions d’ailleurs cette année une majorité de doctorantes sélectionnées à MT180 Sorbonne Université », se réjouit la lauréate.

 

Mis à jour le 03 SEPT. 2019