JUL 17 2019

Le réseau français CANCERVIH, coordonné par le Pr Jean-Philippe Spano, du service d’oncologie médicale de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et de Sorbonne Université, a étudié l’efficacité et la tolérance de l’immunothérapie sur la plus grande série mondiale de personnes vivant avec le VIH atteintes de cancer traitées en soins courants (hors essais cliniques). Les résultats, qui montrent une efficacité et une bonne tolérance du traitement, représentent une réelle avancée dans la prise en charge des patients infectés par le VIH atteints de cancer.  Ils ont été publiés le 26 juin 2019 dans la revue AIDS.

L’immunothérapie anti-cancéreuse, qui est l’une des révolutions thérapeutiques de ces dernières années, consiste à agir sur le système immunitaire du patient pour combattre le cancer. Elle repose sur l’utilisation d’anticorps qui lèvent l’inhibition entre les récepteurs des points de contrôle (ou « checkpoints ») du système immunitaire qui ont été détournés de leur rôle premier par les cellules cancéreuses à leur profit. L’utilisation d’anticorps de type anti-PD1 et anti-CTLA-4 a montré son efficacité par rapport à une chimiothérapie standard dans l’amélioration de la survie de patients atteints de mélanome métastatique et de cancer pulmonaire non à petites cellules localement avancé ou métastatique. Ces résultats ouvrent une perspective de traitement pour les patients atteints d’un cancer avancé.

Les personnes vivant avec le VIH ont plus de risque de développer un cancer par rapport à la population générale. Toutefois, la plupart des essais cliniques d’immunothérapie excluent les patients qui ont des infections chroniques, y compris le VIH, en raison des potentiels risques d’exacerbation de l’infection ou de développement d’effets indésirables, liés au système immunitaire. L’efficacité et la sûreté de ce traitement n’ont été à ce stade que peu étudiées chez les personnes vivant avec le VIH chez qui les effets indésirables pourraient être accrus (pneumopathie, éruption cutanée, colite…).

Le réseau français CANCERVIH, soutenu par l’Institut National du Cancer (Inca), est dédié aux personnes vivant avec le VIH atteintes de cancer afin d’optimiser leur prise en charge. Chaque dossier est examiné et discuté lors des Réunions de Concertations Pluridisciplinaires (RCP) bimensuelles qui regroupent des experts de différentes disciplines. 

Une équipe des services d’oncologie médicale et des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et de Sorbonne Université, dirigée par le Pr Jean-Philippe Spano, a inclus dans son étude observationnelle, menée en collaboration avec une équipe de l’AP-HM et d’Aix-Marseille Université, tous les patients pour lesquels une immunothérapie avait été préconisée en dehors d’un essai clinique. Elle a ainsi constitué la plus grande série mondiale de personnes vivant avec le VIH et atteintes de cancer traitées par immunothérapie dans le cadre de soins courants. Vingt-trois patients, de différents centres français, présentés à la RCP nationale bimensuelle du réseau CANCERVIH, ont été traités entre mai 2014 et janvier 2019 par un inhibiteur du point de contrôle immunitaire dans le cadre d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) ou d’un traitement compassionnel.

Vingt-et-un patients présentaient un cancer pulmonaire non à petites cellules, un patient présentait un mélanome métastatique et un patient présentait un cancer de la tête et du cou. 21 patients ont été traités par l’anticorps monoclonal nivolumab anti-PD-1 et deux patients par l’anticorps monoclonal anti-PD-1 pembrolizumab.

Tous les patients recevaient un traitement antirétroviral à l’initiation de l’immunothérapie. Un suivi rapproché sur le plan virologique a été effectué de manière régulière avec une numération des lymphocytes CD4 et une charge virale VIH. Les données rapportées par les différents centres référents ne montraient pas de changement significatif.

Le recueil des effets indésirables montre également une bonne tolérance clinique et biologique, sans décès toxique, avec seulement deux effets indésirables de grade 3 dont un directement imputable à l’anti-PD1.

Sur le plan de l’efficacité, les patients ont bénéficié d’une évaluation radiologique régulière par scanner avec des taux de réponse et des durées de survie qui montrent un signal d’efficacité similaire à celui de la population générale.

Toutes ces données de vie réelle semblent montrer que l’utilisation de l’immunothérapie est envisageable en sécurité chez les personnes vivant avec le VIH atteintes de cancer.  Elles devront bien entendu être confirmées par les études cliniques. Deux projets complémentaires sont en cours en France : la cohorte ANRS CO24 ONCOVIHAC (tout cancer, toute immunothérapie, toute ligne) pilotée par les Prs Jean-Philippe Spano et Olivier Lambotte à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière AP-HP et à l’hôpital Bicêtre AP-HP, et l'essai de phase II IFCT-CHIVA2 dédié patients atteints de cancers du poumon, dirigée par le Dr Armelle Lavolé  et le Pr Jacques Cadranel à l’hôpital Tenon AP-HP.

 

Sources :

Immunotherapy for cancer in people living with HIV: safety with an efficacy signal from the series in real life experience, Spano JP1, Veyri M2, Gobert A3, Guihot A4, Perré P5, Kerjouan M6, Brosseau S7, Cloarec N8, Montaudie H9, Helissey C10, Flament T11, Gounant V7, Lavolé A12, Poizot-Martin I13, Katlama C14.AIDS. 2019 Jun 26. doi: 10.1097/QAD.0000000000002298.