07 MAR 2019

Nancy Berthier est professeur à la faculté des Lettres et directrice de l'Institut d'Etudes Hispaniques de Sorbonne Université. Elle nous parle du projet de rénovation des bâtiments de l’IEH.
 

Nancy Berthier
Nancy Berthier © Didier Goupy

L’histoire de l’Institut des Etudes Hispaniques de Sorbonne Université est très riche, pouvez-vous nous en dire un mot ?

La création de l’IEH est associée à un moment de profonde réforme de l’université française. Son histoire débute en 1917 quand l’Université de Paris décide d’ouvrir, au sein de sa faculté des Lettres, un département dédié à la langue et à la culture hispaniques. Le développement des langues vivantes constitue alors une grande première en France et correspond à une volonté de modernisation et d’innovation pédagogique, fondée sur l’internationalisation. La naissance de l’IEH a par ailleurs bénéficié du soutien actif de l’ambassade d’Espagne pour laquelle l’institut représentait un enjeu stratégique de diplomatie culturelle. Grâce au mécénat, l’IEH a pu disposer d’un bâtiment en propre, inauguré en grande pompe en 1929. Dans les années 1930, l’institut a connu un rayonnement scientifique, intellectuel et culturel remarquable et la presse en parlait comme de la « Mecque de l’hispanisme international ».

Sorbonne Université porte actuellement un projet de réhabilitation du bâtiment de l’IEH, en quoi consiste-t-il ?

La célébration du centenaire en 2017 a permis de prendre conscience de l’identité forte de l’IEH et de son potentiel pour l’avenir. À cette occasion, un projet architectural ambitieux a vu le jour, à la hauteur de son histoire et du rayonnement de Sorbonne Université. Concrètement, il s’agit de réhabiliter le bâtiment actuel, qui a fait l’objet d’une surélévation hâtive en 1959-62, pour absorber la génération d’étudiants issus du baby-boom. Outre que ces travaux datent de près de soixante ans, ils ont dénaturé l’aspect initial du bâtiment, à commencer par la destruction de l’emblématique façade d’origine, de style Art Nouveau. Le projet actuel ambitionne de rendre à l’institut sa grandeur et sa beauté d’antan. Il s’agit d’inscrire dans la pierre l’hispanité, désormais élargie au niveau de l’UFR à tous les pays lusophones et hispanophones, mais aussi de faire de ce lieu un carrefour international de la culture ibérique et latino-américaine.

Le projet s’inscrit dans une dynamique d’internationalisation et d’innovation scientifique et pédagogique qui rappelle celle du premier XXème siècle, mais qui implique aujourd’hui de développer des liens puissants avec les pays anglophones, quand on songe à l’importance de la culture hispanique aux Etats-Unis, y compris au niveau universitaire. La rénovation de l’Institut des Études Hispaniques constitue un enjeu capital pour Sorbonne Université, à la fois comme lieu de rayonnement de notre expertise de recherche et d’enseignement, mais également comme illustration des grandes priorités que sont le développement du dialogue interculturel et la préservation et la transmission du patrimoine pour l’avenir.


La réhabilitation de l’IEH fait partie des projets portés par la fondation Sorbonne Université dans le cadre de sa campagne de levée de fonds « Bienvenue au futur ». Selon vous, quels sont les aspects du projet susceptibles d’intéresser des mécènes ? 

Le projet a pour ambition de recréer un lieu de représentation et de rayonnement de l’hispanisme, entendu au sens large, au cœur de la capitale. Plusieurs espaces ont été imaginés par les architectes pour atteindre cet objectif. L’auditorium, par exemple, largement ouvert sur le jardin et prolongé par une aire d’exposition, a été conçu comme un lieu convivial et polyvalent pouvant accueillir des conférences, des événements, des projections ou des spectacles. Le jardin lui-même sera entièrement revisité et replanté pour en faire un jardin mexicain. Au dernier étage du bâtiment, un espace de détente et une large terrasse offrant une vue imprenable sur Paris seront aménagés dans la tradition hispanique de l’azotea ou de l’ático. La fresque de l’actuel amphithéâtre, qui constitue le seul élément de patrimoine encore présent dans l’édifice, sera restaurée et réinstallée dans l’espace de détente. Enfin, la façade actuelle sera transformée et rendue transparente par un système de claustra ; sa réalisation pourrait être confiée au grand artiste cinétique Carlos Cruz Diez.