11 FÉVR. 2019

Grâce au projet Curamus, l’institut universitaire de cancérologie (IUC) de la faculté de Médecine de Sorbonne Université avec les hôpitaux Universitaires Pitié-Salpêtrière-Charles Foix (HUPSL) et les hôpitaux universitaires de l’est parisien (HUEP) ont obtenu en 2017 la labellisation pour faire partie des 8 sites de recherche intégrée sur le cancer (Siric) en France.

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Développer la transdisciplinarité pour mieux lutter contre le cancer

Dirigé par le Pr. Marc Sanson, neuro-oncologue à la Pitié-Salpêtrière et chef de l’équipe Neuro-oncologie expérimentale à l’ICM, le projet Curamus (cancer united research associating medicine, university & society) a bénéficié de l’élan apporté par la fusion entre l’UPMC et Paris-Sorbonne. 

Qu’est-ce qu’un Siric ?

Les Siric réunissent, autour d'un même site, des services médicaux, des équipes de recherche multidisciplinaire (clinique, biologique, technologique, épidémiologique, sciences humaines, économiques et sociales et santé publique) et des ressources et services communs performants. L'objectif d'optimiser et d'accélérer la production de nouvelles connaissances en cancérologie et de favoriser leur diffusion et leur application dans le traitement des cancers.

Né d’une volonté de structuration de la recherche autour du cancer à Sorbonne Université, il vise à favoriser la transdisciplinarité entre la médecine clinique, les recherches en sciences et les humanités médicales.

« Nous voulons catalyser ces interactions et attirer les chercheurs des sciences dures et des sciences humaines à travailler sur les cancers au sein du Siric », souligne Marc Sanson.  

Pour encourager la multidisciplinarité, un appel à projet a été lancé en 2018 avec pour objectif de développer des collaborations entre des équipes hospitalières et des équipes de recherche de la faculté des Sciences. Chimie, bio-informatique, modélisation, intelligence artificielle, biologie, toutes les disciplines scientifiques ont été invitées à participer. Six projets seront financés grâce au SIRIC pour ce premier appel. « D’autres appels à projets suivront. Le SIRIC est un levier pour structurer et promouvoir les ressources en termes de cancérologie de cet écosystème unique qu’est Sorbonne Université », précise Marc Sanson.

Une expertise de pointe à Sorbonne Université

Le projet Curamus s’articule autour de trois programmes prioritaires (non exclusifs) dans lesquels l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière a une visibilité importante : les tumeurs cérébrales, les cancers rares et les cancers liés à une instabilité génétique. « Souvent marginalisés, ces cancers sont graves et nécessitent d’importants progrès en termes de recherche », souligne Marc Sanson. Il y a un véritable besoin médical : les tumeurs cérébrales primitives (programme 1 de Curamus) représentent la première cause de mortalité par cancer avant 35 ans.

« Avec 30% de l’activité clinique en cancérologie de l’APHP et des cohortes importantes de patients, Sorbonne Université bénéficie d’une expertise incontestable en matière de cancérologie », rappelle Marc Sanson.

Le projet s’appuie aussi sur l’excellence de la recherche développée dans les laboratoires de la faculté des Sciences et Ingénierie, notamment en ingénierie pour la santé ou en bio-informatique, et l’expertise de la faculté des Lettres pour les humanités médicales. Des programmes de recherche qui interrogent par exemple la démocratie sanitaire et les patients experts, la notion de guérison, de biomarqueurs sont portés par des philosophes. Des études sur l’information et la communication médicales autour du cancer sont réalisées au Celsa. Enfin des associations de patients prennent part à plusieurs débats, comme celui sur le droit à l’oubli ou l’accès des patients à la recherche et aux thérapies innovantes.

Des avancées thérapeutiques pour le cancer

A travers ces trois thématiques prioritaires, le projet Curamus met en avant deux approches thérapeutiques majeures auxquelles les équipes de Sorbonne Université ont contribué : les thérapies ciblées et l’immunothérapie.

Grâce à la révolution génomique et au séquençage de l’ADN à haut débit, il est désormais plus facile d’établir une carte d’identité génétique d’un cancer pour un coût raisonnable. Cette révolution qui débouche sur une meilleure compréhension et une classification raisonnée des cancers permet de développer des thérapies personnalisées. A travers l’identification des mécanismes qui régissent la croissance des tumeurs, les médecins peuvent désormais cibler les traitements pharmacologiques en fonction du patient.

« Malheureusement, pour certains types de cancer, ces thérapies n’ont pas apporté les résultats espérés. Il reste encore beaucoup à comprendre pour développer des traitements efficaces », affirme Marc Sanson.

Autre avancée de taille, l’immunothérapie se révèle être une piste intéressante pour les tumeurs très instables sur le plan génétique, notamment celles qui sont étudiées par le programme 3 du Siric Curamus. Elle vise notamment à lever des freins, physiologiques dans un contexte normal, mais qui, dans le cas du cancer, empêchent le système immunitaire d’agir pleinement contre les cellules tumorales. Grâce à leur expertise, les équipes impliquées dans le projet Curamus ont contribué à apporter une meilleure connaissance de ces tumeurs et de l’impact de l’immunothérapie.

D’autres approches thérapeutiques sont en œuvre au sein de Curamus, par exemple l’utilisation d’ultrasons par l’équipe du professeur Alexandre Carpentier qui rendent temporairement perméables les vaisseaux sanguins du cerveau chez les patients atteints d’une tumeur cérébrale maligne en récidive. Cette méthode facilite la diffusion des traitements et représente un espoir pour d’autres pathologies cérébrales.

De prochains essais précoces pour les cancers rares

Selon le Pr. Sanson, « les tumeurs rares représentent plus de 25% des cancers et restent pourtant sous-représentées et parfois négligées par l’industrie pharmaceutique ». La labellisation en Siric a permis de développer des projets de partenariat avec l’industrie.

Avec l’IUC et le centre labellisé INCa de phase précoce (CLIP²) de la Pitié-Salpêtrière, les chercheurs espèrent développer des essais précoces permettant de tester de tout nouveaux médicaments pour ces cancers rares. « L’objectif est d’aller de la recherche fondamentale à la clinique tout en mettant le patient au centre du projet thérapeutique », déclare Marc Sanson. Il s’agit d’identifier de nouveaux biomarqueurs, de mettre en œuvre des thérapies innovantes et de suivre la personne tout au long de son parcours de soin et après le cancer.

De nouvelles perspectives grâce à l’intelligence informatique

Un an après le début du projet, les membres de Curamus ont consolidé les trois programmes de recherche, à travers des recrutements, des appels à projet, le développement de partenariat avec l’industrie pharmaceutique, mais aussi la mise en place de manifestations scientifiques régulières.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle et la modélisation informatique interviennent de plus en plus dans le diagnostic d’un cancer. « C’est un aspect que nous voudrions développer dans l’imagerie, en continuant à mettre en place des collaborations avec des chercheurs en informatique et en mathématiques de Sorbonne Université », précise Marc Sanson.

Par ailleurs, grâce au projet SeqOIA développé à l’APHP dans le cadre du plan Médecine France Génomique, « nous espérons pouvoir proposer une analyse complète du génome à très haut débit à de nombreux patients », indique Marc Sanson. Cela permettra d’accélérer la recherche de nouveaux traitements pour des tumeurs rares qui ne bénéficient aujourd’hui d’aucune solution médicale.