08 DÉC. 2018

A l’heure où la politique environnementale et la justice sociale sont au cœur du débat de société, le laboratoire de météorologie dynamique (LMD-IPSL) [1] organise, à l’occasion des célébrations de son cinquantième anniversaire, un cycle de conférences-débats autour du changement climatique.

Après la question du lien entre crise climatique et crise financière, puis celle de l’évolution de la notion de changement climatique à travers les sciences et la société, la troisième et dernière conférence de ce cycle portera sur la justice climatique. Elle aura lieu le 11 décembre sur le campus Pierre et Marie Curie de Sorbonne Université.

A travers le retour sur un demi-siècle de recherche et d’innovation au LMD, Philippe Drobinski, climatologue et directeur du laboratoire, apporte son éclairage sur les enjeux d’un tel débat alors que la COP24 a débuté le 3 décembre à Katowice.

justice climatique
La conférence sur la justice climatique aura lieu le 11 décembre sur le campus Pierre et Marie Curie ©Shutterstock

Retour sur les 50 ans d’un laboratoire disruptif

Créé en mars 1968, le laboratoire de météorologie dynamique (LMD) est devenu une structure de premier plan au niveau international et constitue aujourd’hui un pilier de la recherche sur l’évolution et la prévision des phénomènes météorologiques et climatiques.

En un demi-siècle, il a développé son expertise autour de trois axes qui constituent aujourd’hui son ADN : la modélisation numérique, le développement instrumental pour l’observation et l’analyse des données.

Un acteur clé de la modélisation numérique

Le laboratoire, qui compte dans ses rangs de nombreux contributeurs aux rapports du GIEC [2] et plusieurs coordinateurs scientifiques dans la recherche sur le climat, a créé des outils et des modèles qui font aujourd’hui référence au niveau mondial.

Pionnier dans la modélisation de la circulation générale atmosphérique, le LMD est également un acteur clé sur les questions de pollution et de qualité de l’air en France. Les modèles qu’il développe à cet égard permettent de mieux comprendre les processus physico-chimiques à l’origine de pollution atmosphérique, mais aussi de prévoir les pics de polluants et d’identifier leurs causes afin d’essayer de les limiter.

Des missions spatiales à la transition écologique

De la création des premiers ballons-sondes au développement d’instruments de télédétection comme les LIDAR [3], le LMD a développé une véritable expertise dans le domaine de l’instrumentation de mesure de l’atmosphère.

« Cette expertise instrumentale permet de recueillir des données essentielles au diagnostic du réchauffement climatique, comme la quantité d’énergie entrant et sortant de l’atmosphère », précise Philippe Drobinski.

Domaine d’excellence du LMD, ce savoir-faire est exploité dans de nombreuses missions spatiales pour la mesure de la composition atmosphérique (vapeur d’eau, polluants gazeux, gaz à effet de serre).

« Le LMD contribue à de très nombreuses missions du CNES [4] et de l’ESA [5] », souligne le directeur du LMD.

Si les chercheurs du LMD travaillent depuis toujours sur des thématiques variées allant de la planétologie comparée, aux missions spatiales d’observation, en passant par l’étude du cycle de l’eau, ils s’intéressent également aux questions de transition énergétique, à l’interface entre science et société.

Plurielles, ces questions nécessitent une approche interdisciplinaire : comment adapter nos comportements et notre consommation énergétique au changement climatique ? quels systèmes développer pour produire et stocker l’énergie de demain ? comment analyser l’exposition à la pollution atmosphérique ? quelle sera la ville du futur ? etc.

Une conférence-débat sur la justice climatique pour clôturer les célébrations du 50e anniversaire du LMD

Avec la volonté de faire du débat sur le changement climatique un véritable enjeu de société transdisciplinaire et plurisectoriel, le LMD a choisi pour la troisième et dernière conférence de ce cycle, une thématique à la frontière de plusieurs domaines.

A seulement quelques jours de l’ouverture de la COP 24 en Pologne, la notion de justice climatique pose des questions sociales, économiques, éthiques, mais aussi d’aménagement du territoire ou encore de responsabilités historiques, à l’interface entre les effets du changement climatique et les concepts de justice sociale.

Thématique centrale lors de l’ouverture de la COP 21, la justice climatique a pour enjeu de préserver l’équilibre social, tout en rendant possibles les modifications radicales nécessaires au maintien d’un environnement vivable pour tous.

« Nous sommes dans une situation où il n’est plus temps de chercher la meilleure solution face au changement climatique, mais plutôt de construire la moins mauvaise, affirme le Philippe Drobinski. Si nous voulons maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, nous devons mettre en place des changements radicaux. Et ces changements doivent être pensés à la lumière du maintien de l’équilibre entre politique environnementale et justice sociale. »

Même limité à 2 °C, le réchauffement climatique aura, selon le GIEC, des conséquences graves en termes de sécurité alimentaire, de santé, de migrations et de mortalité.

« Ces conséquences risquent d’exacerber encore davantage les inégalités, précise Philippe Drobinski. Au niveau global, tout d’abord. Alors que certaines régions sont plus vulnérables au changement climatique que d’autres, certains pays portent, quant à eux, une plus grande part de responsabilité dans le dérèglement climatique. Et si certains états pourront mettre en place les investissements nécessaires, d’autres n’en auront pas les moyens. Au niveau local, ensuite. Au sein même des pays développés, il existe également des inégalités en matière de justice climatique. Les populations les plus vulnérables subissent davantage la précarité énergétique. Si certains individus auront la possibilité d’une transition environnementale choisie, pour d’autres, elle sera subie. »

La justice climatique, c’est aussi l’équité pour ceux qui viennent. Quels choix de développement opérer pour ne pas creuser toujours plus l’injustice entre les générations présentes qui consomment les énergies fossiles et les générations futures qui subiront les conséquences négatives de ces émissions ?

« Nous sommes la première génération à prendre conscience de la réalité du changement climatique et de l’impact de l’homme sur ce changement, et la dernière à pouvoir faire encore quelque chose », déclare Philippe Drobinski.

Changement climatique et justice climatique sont désormais indissociables.


Lors de la conférence du 11 décembre sur la justice climatique, Pierre André, spécialiste de philosophie politique et d’éthique appliquées au changement climatique et doctorant au Centre international de philosophie politique appliquée de Sorbonne Université, interviendra en présence de trois autres experts :

  • Fabrice Flipo, professeur de philosophie et d'épistémologie à l’institut Mines-Télécom Business School et chercheur au laboratoire du changement social et politique [6] 
  • François Gemenne (sous réserve), spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et des migrations, membre du GIEC, co-directeur de l’Observatoire Défense et Climat du ministère des Armées et directeur de l’Observatoire Hugo à l’Université de Liège 
  • Agnès Michelot, présidente de la Société Française pour le Droit de l'Environnement (SFDE).

Ce débat sera animé par Rachel Mulot, chef du service « Enquêtes » au magazine Sciences et Avenir.

Pour en savoir plus et s’inscrire à la conférence


[1] Le LMD compte 4 tutelles (Sorbonne Université, CNRS, Ecole polytechnique, ENS) et un partenaire, l’Ecole des Ponts ParisTech. Il est membre de l’Institut Pierre Simon Laplace (IPSL).

[2] Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.

[3] LIDAR : laser detection and ranging (détection et estimation de la distance par laser). Ces lasers permettent de sonder l’atmosphère.  

[4] Centre national d’études spatiales

[5] European Space Agency (Agence spatiale européenne)

[6] Université Paris-Diderot