26 JUIL. 2018

Si la méditation de pleine conscience apporte des bénéfices sur la gestion du stress et des émotions, la qualité du sommeil et l’humeur, elle est aussi un outil majeur dans l’accompagnement des maladies chroniques. Le professeur Corinne Isnard Bagnis, médecin néphrologue à la faculté de Médecine de Sorbonne Université, travaille depuis plusieurs années à l’amélioration de la qualité de vie des malades et anime depuis 2012 un programme de méditation de pleine conscience pour les patients du service de néphrologie.

Corinne Isnard Bagnis
Corinne Isnard Bagnis © Sorbonne Université - Pierre Kitmatcher

Qu’est-ce que la méditation de pleine conscience ?

Corinne Isnard Bagnis : Tout au long de leur vie, les individus mettent en place des processus mentaux, des attitudes et des modes de fonctionnement qui sont parfois déconnectés de leurs ressentis et de leurs besoins réels. C’est sur ce décalage que la méditation va pouvoir agir en développant une meilleure capacité à percevoir, identifier et accueillir les émotions quelle que soit leur nature.

Pratiquer la méditation de pleine conscience, ce n’est donc pas se relaxer, ni faire le vide, ni arrêter de penser, mais plutôt apprendre à se reconnecter avec soi-même en revenant à l’expérience de l’instant présent.

Pendant une séance de méditation de pleine conscience, le méditant est ainsi amené à diriger ses processus attentionnels sur ses sensations physiques, ses pensées, ses émotions, sans les anticiper, ni les juger. Si le principe est simple, la mise en œuvre nécessite une pratique régulière et du temps pour réussir à prendre conscience de sa réactivité, à mieux répondre aux stimulations extérieures et à trouver des ressources pour vivre ses émotions sans en être envahi.

Comment avez-vous fait entrer la méditation à l’hôpital ?

C. I. B. : Je m’intéressais à ces pratiques d’un point de vue personnel depuis longtemps. Travaillant dans l’éducation thérapeutique, j’ai voulu mettre en place un programme de gestion du stress afin de mieux accompagner les patients dans leur relation à la maladie. J’ai découvert le programme MBSR* créé par le biologiste Jon Kabat-zinn et suis allée me former auprès de lui aux Etats-Unis.

Bien qu’ayant rencontré quelques freins, j’ai réussi depuis 2012 à proposer, dans le service de néphrologie de la Pitié-Salpêtrière, des exercices autour de la méditation et de la gestion du stress pour les patients souffrant de maladies chroniques. Régulièrement exposés à des situations stressantes et douloureuses, ils sont souvent confrontés à un sentiment d’insécurité et d’anxiété. Par ailleurs, leur souffrance physique peut entraîner un déni de leur corps malade.

Pratiquer la méditation est donc pour ces patients une manière de se réapproprier leur corps, leur mental et leurs émotions, en évitant d’être en permanence dans des ruminations mentales et l’anticipation des sensations douloureuses.

Vous avez aussi créé, au sein de la faculté de Médecine de Sorbonne Université, le diplôme universitaire « Méditation, gestion du stress et relation de soin ». Quels sont ses objectifs ?

C. I. B. : Ce diplôme, réservé aux professionnels de santé, n’a pas vocation à former des enseignants, mais à sensibiliser les soignants à la méditation. Il s’agit, d’une part, de leur donner une vision scientifique et médicale de cette pratique, et d’autre part, de développer la qualité de leurs pratiques relationnelles à l’égard des patients. Enfin, cette formation a pour ambition d'aider les soignants à mieux vivre leur quotidien professionnel en favorisant la prise de conscience des situations d’épuisement au travail et en leur permettant de trouver des ressources internes pour lutter contre le stress.

Nous cherchons également, à travers ce diplôme, à promouvoir la recherche clinique sur ces nouvelles pratiques en conduisant des projets de recherche et des évaluations de l’exercice de la méditation à l’hôpital. Cela permet d’enrichir la littérature scientifique, encore peu développée en France sur ce sujet.

En parallèle, nous proposons, depuis 2014, aux étudiants de 4e année de médecine, une unité d’enseignement autour de la gestion du stress et de la méditation, particulièrement demandée par ces futurs soignants.

Avez-vous d’autres projets pour continuer de renforcer la place de la méditation à l’hôpital ?

C. I. B. : Dans une réflexion sur l'apport de la méditation pour la qualité de la relation de soin, nous développons un nouveau programme : le programme MB-CARE (Mindfulness Bases Care Relationship). Il a pour objectif d’aider les soignants à être plus à l’écoute de leurs patients sans pour autant absorber leurs émotions, ni tomber dans un épuisement psychologique.

Nous proposons un travail qui leur permet de développer, à partir de leurs situations professionnelles quotidiennes, une meilleure flexibilité attentionnelle, une plus grande stabilité émotionnelle, ainsi que des exercices autour de la compassion et de l’auto-compassion.

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*Le programme MBSR (Mindfulness Bases Stress Reduction Program) s’est développé dans de nombreux hôpitaux américains, notamment pour les patients souffrant de maladies chroniques. Il est fondé sur une approche laïque, un programme très structuré et une pédagogie expérientielle où l’enseignant n’a pas un rôle de thérapeute, mais guide et partage des pratiques au sein d’un groupe, dans un esprit de confiance et de bienveillance.