13 avril 2018

Robin Mathevet est étudiant en 3e année de licence énergie électrique et automatique (EEA) à Sorbonne Université. Passionné par la conception de drones, il est convaincu que leur utilisation peut contribuer à des objectifs innovants. Il relève le défi en 2017 à l’occasion d’une mission scientifique à Madagascar où il a pu tester son prototype auprès des mammifères marins.

Robin Mathevet
Robin Mathevet © Pierre Kitmacher

Quand avez-vous commencé à vous intéresser aux drones ?

Robin Mathevet : J’ai toujours aimé créer des objets électroniques insolites. Il y a quatre ans, j’ai regardé des vidéos de drones qui m’ont donné envie d’en construire un de A à Z. Six mois plus tard, j’avais réalisé mon premier prototype. Puis, je me suis pris au jeu et j’ai voulu relever de nouveaux challenges techniques.

En quoi votre formation à Sorbonne Université vous a aidé dans le développement de ces engins ?

R.M. : Ma formation en licence EEA m’a permis d’acquérir les bases nécessaires pour résoudre les principaux problèmes de conception et de montage, comme ceux liés aux perturbations électromagnétiques ou aux variations de tension.  Mais contrairement aux cours théoriques où l’on part d’une question donnée, dans la création d’un drone, il faut d’abord identifier la source du problème et y répondre par une solution concrète. C’est un vrai travail d’expérimentation.

L’expertise que j’ai acquise m’a donné l’occasion de former à mon tour des étudiants à la conception de drones en master et lors d’un atelier à la vie étudiante de la faculté des Sciences et Ingénierie de Sorbonne Université. Je suis également en train d’écrire un manuel grand public sur le sujet.

Comment est né le projet SIEL (Surveillance par Image des Espèces en Liberté) ?

R.M. : Le projet SIEL est né de mon envie de réaliser un drone qui aille plus loin que le prototype que j’avais créé et de l’utiliser avec un véritable objectif scientifique.

Parce que je me suis toujours intéressé à la biologie, notamment à travers un parcours incluant une mineure sciences du vivant, j’ai voulu mettre les avancées techniques du drone au service de cette discipline. J’ai proposé mon projet à Olivier Adam, un enseignant-chercheur qui travaille sur l’observation des cétacés. Enthousiasmé, il m’a offert un cas d’utilisation exceptionnelle : l’observation du comportement des mammifères marins à Madagascar. Pour tester le prototype en situation réelle, je l’ai donc accompagné sur son lieu de mission lorsque les baleines s’approchaient des côtes malgaches.

Ce projet a pu voir le jour grâce au FSDIE de Sorbonne Université, au CFA des sciences, aux départements de licences EEA et mécanique et au master sciences pour l’ingénieur. En 2017, il m’a permis de remporter, avec deux autres étudiants, Tracey Calme et Lucas Maigre, le prix de l’innovation du FSDIE.

Vous avez réalisé des images inédites d’observations des baleines. Comment y êtes-vous parvenu ?

R.M. : Pendant quatre mois, j’ai travaillé à la conception du drone, réalisé les calculs et dessiné les plans. J’ai anticipé les difficultés et les besoins afin de développer un drone adapté aux conditions de la mission. Je l’ai rendu étanche et ai ajouté des flotteurs pour qu’il puisse amerrir. J’ai créé un système de double commande permettant aux chercheurs d’utiliser la caméra pour leurs observations de façon autonome en parallèle du pilotage.

Sur place, nous avons pu obtenir des vols de plus de 55 minutes et multiplier par 9 le temps de captation vidéo. Avec les chercheurs, nous avons observé depuis le ciel des interactions inédites entre les baleines et leurs petits, sans perturber leurs comportements ni leur environnement.
 

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La baleine aide son petit à se maintenir à la surface pour respirer. © Cetamada

Comment envisagez-vous la suite de votre parcours ?

R.M. : Je voudrais monter une start-up qui crée des nouvelles générations de drones. Je souhaiterais également créer une compétition de vitesse de drones entre les universités et les écoles d’ingénieur au sein de Sorbonne Université. D’ici là, j’espère continuer à réaliser des engins volants adaptés à la recherche scientifique et améliorer celui déjà réalisé lors du projet SIEL pour lui permettre de prélever, en vol, un échantillon du souffle des baleines.